Le grand marin, Catherine Poulain (Ed. de l’Olivier)

Les amateurs de romans sont des voyageurs solitaires, indépendants, exclusifs. C’est pourquoi le premier roman de Catherine Poulain paru aux Editions de l’Olivier leur est tout spécialement destiné. En effet, qui mieux qu’un passionné du genre, c’est à dire un amoureux de « Liberté », est-il apte à comprendre ce que veut dire vivre une aventure et ne pas vouloir être réduit à devenir l’objet de l’aventure d’un(e) autre ? Qui mieux qu’un lecteur est-il prêt à suivre « Lili », l’héroïne du Grand marin, au bout du rêve de pêche qu’elle s’est fixé aux limites de « The Last frontier », en Alaska – sans tomber amoureux d’elle ?

Seule possibilité : le lecteur épris de « Liberté », ami de Lili, devra se montrer d’une fidélité à toute épreuve envers son rêve, le poursuivre obstinément, le pourchasser comme Lili « pourfend » parfois le poisson, et le traquer jusqu’à s’être délivré de ses passions, du rêve d’aventures sans fin, pour aboutir au no man’s land : le territoire du rêve par excellence.

En romancière dotée d’une prose envoûtante et d’un caractère hors-norme, C. Poulain nous invite à utiliser le moyen le plus pur et universel du rêve comme ligne de conduite à travers la forêt de nos tentations. Il s’agit de ne pas finir comme l’héroïne du conte, le petit chaperon rouge, mangée par le loup. En loup des mers, en l’occurrence, et en croque-mitaine de navire, le « grand marin », ses subalternes et autres « enchainés de la liberté », n’auront de cesse de vouloir détourner Lili du rêve qui doit la mener jusqu’au symbolique « Point Barrow »…

Si d’aventure nous finissons toujours par avoir raison de nos sentiments, celui ou celle qui aura le cœur le plus pur, c’est à dire qui aura rêvé sincèrement, obtiendra le droit de renaître de la cendre de ses illusions perdues. Parvenue à l’effroyable conclusion d’être « Nothing, Nobody, Nowhere », nue face à l’Elément, sans plus de mythe ni héros et ayant épuisé son rêve, Lili finira alors par achever sa quête : survivre à l’aventure dans laquelle elle s’était jetée à corps perdu. « Mais moi au milieu et chose vivante encore, vivante encore ».

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